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Wimereux - Orgue de Speechly & Ingram (1870) de l'église Notre-Dame de Wimereux

Maître d'ouvrage : DRAC Nord Pas de Calais.

Maître d'œuvre : Monsieur Bernard Hédin , Technicien-Conseil.

Orgue de Speechly and ingram (1870 London), classé Monument Historique, restauré en 1997.

Table des matières :

Composition

Great Organ, 56 notes :

Open Diapason 8 Montre 8
Dulciana 8 Salicional 8
Stopped Diapason & Clarabella 8 Bourdon et Clarabella 8
Gemshorn 4 Prestant 4
Flute Harmonic 4 Flute Octaviante 4
Flageolet 2 Flageolet 2

Swell, 56 notes :

Double Diapason 16 Quintaton 16
Violin Diapason 8 Violoncelle 8
Lieblich Gedact 8 Cor de Nuit 8
Principal 4 Principal 4
Fithteen 2 Doublette 2
Mixture Mixture III rgs
Trumpet 8 Trompette 8
Hautbois 8 Hautbois 8
Vox Humana 8 Voix Humaine 8

Pedal, 30 notes :

Grand Open Diapason 16 Flûte 16
Grand Stopped Diapason 16 Soubasse 16

Accouplement Rt/GO, Tirasse Rt, Tirasse GO, Octave Grave, Trémolo

La composition de l'orgue n'a pas évoluée depuis sa fabrication, mis à part l'ajout de la Voix Humaine, sans doute assez rapidement après la première mise en place car sa tuyauterie est parfaitement identique à celle des autres jeux. L'harmonie du Quintaton du Récit a été modifiée pour le transold en Bourdon 16 en relevant les hauteurs de bouche.

Historique

L'orgue de l'église de l'Immaculée Conception a été acheté au temple protestant de Boulogne en 1925, mais l'origine de l'instrument est plus ancienne. Malheureusement, toutes les archives concernant la communauté anglicane ont disparu et il est difficile de connaître la première disposition de l'instrument.

Le buffet porte en lettres d'or l'inscription suivante :

Speechly & Ingram London D. C.

et chaque poids en fonte du réservoir est marqué du nom de ces deux facteurs d'orgues associés, Henry Speechly et Eustace Ingram.

Eustace Ingram est né en 1837, mort en 1924, il entre à l'âge de 21 ans comme harmoniste de jeu d'anches chez Henry Willis après avoir fait son apprentissage chez Snell. C'est là qu'il rencontre Henry Speechly, ancien apprenti de J.C.Bishop et compagnon de H.Willis depuis 1848. En 1860, Henry Speechly s'installe à son compte au 43 King's Road, St Pancras, London. Les deux hommes s'associent en 1869 et se séparent le 09 Septembre 1873. Ils poursuivent séparement leurs activités. Speechly travaille avec ses deux fils, ils s'installeront en 1889 à Dalston et le fond de l'entreprise sera vendu après la mort du dernier fils à Mander Ltd. Ingram poursuit son activité seul jusqu'en 1895, il semble que ses enfants s'associent alors avec lui (Eustace junior et Arthur Essex, ce dernier s'installant à Edinburgh) en rachetant plusieurs ateliers (Hines et Holdich). La société Ingram & Co s'installe à Hereford. Elle sera vendue après 1941 à Willis & Sons Ltd.

L'association Speechly et Ingram n'a duré que 4 années, l'orgue de Wimereux a donc forcément été construit durant cette courte période. C'est une inscription sur la soupape du 1er Do du Récit qui nous donne l'année exacte de la fabrication :

1C Swell J.Webb 1870.

Plusieurs orgues de cette même période subsistent en Angleterre, ils ont servi de modèles pour conduire la restauration :

  • St. Mark's Church, Dalston, London E8. Grand orgue de trois claviers construit en 1871 (Cf. photo).
  • Holy Trinity Church, Park Street, London. Deux claviers, construit en ?
  • Baptist Church, Brandon, Suffolk. Un clavier, construit en 1872.

Le panneau de console portait une plaquette en bakélite ainsi rédigée :

Removed & reerected by Gustave INGRAM LONDON 188.

Je n'ai pas trouvé la trace de Gustave Ingram et les indications que nous trouvons par la suite dans l'orgue sont plutôt contradictoires sur la date de ces travaux. Peut-être cette plaquette a-t-elle été mise en place longtemps après avec quelques erreurs biographiques. Deux inscriptions ont été retrouvées à l'intérieur de l'orgue :

Sur la barre de repos des ressorts du Récit :

“This Organ was taken down from the gallery of the church, reerected in the present position. Rebuilded throughout including palled feld by Ingram 1891”

Sur la soupape du 1C du Grand-Orgue :

“Rehalbeted by G.Horvard Nov. 1892, Deal Kent.”

Quelle est cette église où l'orgue se trouvait sur la tribune puis fut déplacé et restauré en 1891/92 ? S'agissait-il du temple de Boulogne ou d'un autre édifice, la question reste à élucider.

Une fois l'orgue en place à Wimereux, Jean Decroix le restaure en 1937. En 1944, une bombe tombée sur le coté gauche de l'église crible la façade et la tuyauterie du clavier de Grand-Orgue. Des travaux de sauvetage sont entrepris, avec des moyens de fortune après la guerre, l'instrument sera ensuite entretenu de façon sporadique puis s'éteindra peu à peu.

Devant l'intérêt de cet instrument, seul orgue anglais conservé dans son intégrité au nord de la France, la partie instrumentale est classée Monument Historique le 26/12/87.

En 1991, les facteurs d'orgues Millot et Jaccard sont attributaires du marché de restauration de l'orgue. Après le démontage de l'orgue et un début de travaux, la société fait faillite, l'instrument est alors un amoncellement de pièces éparses. Un nouveau marché attribue la restauration à Nicolas Toussaint qui mènera le chantier à bien en 1997.

Descriptif interne

Etudes préalables :

L'étude préalable consiste en une coupe de profil, un relevé de tuyauterie et un descriptif de démontage. Ce dernier n'a pas été établi par nos collègues.

La coupe de profil au 1/20 est relevée sur ordinateur portable, la précision du détail étant de cinq millimètres. Nous avons établi en réalité 4 coupes qui correspondent aux quatre postes suivants : structure interne, parcours du vent, mécanismes des jeux, mécanismes des notes. Cette coupe nous a été indispensable pour la remise en place des pièces dispersées.

Le relevé de la tuyauterie jeu par jeu consiste en la mesure des principaux paramètres sur des tuyaux test (les do et les fa). Chaque jeu est relevé sur un tableau qui permet une étude comparative entre eux ou avec d'autres instruments, les paramètres mesurés sont ceux utilisés pour la fabrication des tuyaux. Les anches ont fait l'objet d'un relevé note à note, leurs caractéristiques étant plus spécifiques.

Les recherches pour la reconstitution de l'orgue ont été menées à Londres et à Brandon, une série de relevés photographiques ont permis de confirmer les éléments observés et de restituer certaines parties manquantes (les pédales d'expression et de trémolo notamment).

Le buffet et la charpente :

Tout l'instrument a été surélevé de sept centimètres. Si on compare avec l'orgue de Dalston, ce dernier est installé en contrebas et fait partie intégrante du chœur de l'église. Il est possible qu'à Boulogne, il ait été placé sur une estrade. Cette disposition a été conservée et améliorée car elle était indispensable pour pouvoir installer la mécanique de Pédale au fond de l'orgue.

La charpente est en sapin, de section 112x75 peinte en noir. Elle comporte six pieds principaux qui reposent à même le sol. C'est le poids des éléments et notamment de la boîte expressive qui assure la stabilité de l'ensemble.

Le buffet est la seule partie visible de l'orgue, pour le visiteur, c'est le seul élément d'appréciation. La caractéristique principale de l'orgue anglais est le meuble réduit à un simple soubassement supportant des tuyaux de façade ornementés au pochoir. Les côtés du buffet avaient entièrement disparus lors du déménagement à Wimereux. Pour protéger la partie instrumentale, nous avons reconstruit les deux côtés en imitation de la partie avant. Le soubassement de la console avait disparu lors des premiers travaux a aussi été reconstitué. L'état de surface était très altéré et il nous a paru préférable de rétablir la teinte au vernis alkyde.

Les sommiers :

Les sommiers de Wimereux sont fabriqués avec des essences de bois très légères. Tous les éléments de la grille sont en sapin, les barrages sont espacés par des flipots puis le châssis est serré et collé tout autour. La table est plaquée par dessus, elle est en acajou d'épaisseur 10mm, ce qui est relativement faible. Les deux sommiers sont fabriqués en miroir, ils sont parfaitement identiques, de disposition diatonique, d'un seul tenant avec un petit passage de 30cm au centre pour l'accord et un débord à chaque extrémité pour pouvoir placer des basses postées. Les gravures sont larges, 34mm au 1C avec une profondeur de 72mm; les soupapes sont très longues : respectivement 300 au grand-orgue et 340 au récit. Pour éviter les problèmes de décollement, ces soupapes sont brisées. La partie avant de la soupape se soulève de quelques dixièmes de millimètres avant d'entraîner la partie arrière, le réglage se fait au moyen d'un écrou. C'est pour cette raison que le sommier de Récit est muni d'un flipot qui n'est pas totalement étanche pour séparer les anches des fonds, il n'y a donc pas de phénomène de double attaque des anches.

Les sommiers sont restés pendant deux ans sur la tribune, ouverts, sans protection particulière. Après les essais d'étanchéité réalisés en atelier, les tables présentaient des fentes, les emprunts étaient nombreux. Les gravures ont été réencollées, à trois reprises. Les trous de la table étant masqués, chaque gravure est noyée de colle chaude, on ouvre les trous et on laisse s'écouler la colle. Cette opération doit se réaliser rapidement, dans une atmosphère très chaude. On laisse le sommier sécher environ deux à trois semaines. Pendant ce temps toutes les pièces mécaniques peuvent être restaurées : dressage des soupapes, remise en peau du joint de fermeture, nettoyage des pièces en laiton à l'acide chromique, remplacement des capillaires et des demoiselles.

Au remontage, le siège des soupapes ont été dressés à la varlope pour obtenir une parfaite planéité. Les tables n'avaient n'a pas de joints et se trouvaient donc bois sur bois avec le registre. Etant donné la faible épaisseur des tables, il était impossible de les dresser, d'autre part les chapes sont très larges, elles recouvrent deux ou trois jeux. Pour obtenir une étanchéité parfaite, nous avons mis en place des joints de feutre entre la table, les registres et les chapes. Pour garder un caractère réversible à cette modification, les faux registres ont été rechargés avec du carton épais correspondant à la sur-épaisseur des joints. Le registre doit glisser entre la table et la chape avec un très léger jeu, la chape est calée avec du papier fin, vis après vis pour obtenir un tirage sans dureté et sans à-coups. Ces chapes sont non seulement très larges mais aussi très fines. Fabriquées en acajou, elles sont gravurées pour les fonds et ne dépassent alors pas 32mm d'épaisseur, celles des anches ont 27mm d'épaisseur.

Le parcours du vent :

Le parcours du vent a été modifié de nombreuses fois. Les sommiers portent les traces de plusieurs introductions différentes. Le volume du réservoir de l'orgue est très important et semble disproportionné par rapport à l'instrument. La charpente a été entaillée pour placer le réservoir. Il est impossible de définir l'alimentation d'origine et tous les éléments existants ont été conservés. Le réservoir était en excellent état, il avait été remis en peau en 1937, les peaux ne présentaient aucune lésion hormis des points de frottements sur d'autres éléments de l'orgue. Certains nez, des charnières usées et les talons des aînes ont été remplacés par des peaux neuves. Sous le réservoir, deux pompes à main actionnées par un levier sont encore en état de fonctionnement. Les deux panneaux supérieurs de la table se démontent pour l'accès à l'intérieur du réservoir. Dans le réservoir sont placés les deux soupapes d'admission des sommiers de Flûte 16 Pédale. Un système de tringlerie transmet perpendiculairement, de chaque côté, l'appel du registre.

La pression est établie par 8 poids de fonte frappés au nom des facteurs d'orgues et 4 cubes de pierres de taille, elle est de 75mm de colonne d'eau.

Chaque sommier est pourvu d'un seul portevent, de faible profondeur mais très large, ils sont en sapin. Le trémolo et le sommier de soubasse sont alimentés par des postages.

Les postages du Récit avaient été retrouvés dans un carton sur la tribune, par contre tous les postages de la façade ont disparu et il a fallu les refaire en plomb. Ils n'ont pas de coudes, tous les angles sont soudés ce qui représente un travail considérable.

La façade, la Pédale et les basses du Récit sont placées sur des pièces gravées. Toutes ces pièces gravées présentaient des décollements entraînant des emprunts. Elles ont été réencollées à la colle chaude, celle de façade a été en partie démontée pour réparer plusieurs gravures éclatées.

Le vent est fourni par un ventilateur électrique placé dans un caisson insonorisé dans le soubassement. Ce ventilateur est de marque LAUKHUFF, 14m3, tri-phasé. Il est garanti trois ans par le constructeur. Son entretien nécessite de le huiler toutes les mille heures d'utilisation ou tous les dix ans. Une fiole d'huile est posée dans le caisson, la quantité à verser est de 10ml dans chaque gicleur operculé par un capuchon rouge.

La tuyauterie :

Dans le cadre d'une restauration, le travail du facteur d'orgues consiste en une gestion de l'existant. La restauration se doit de résoudre tous les problèmes d'affaissement, de soudures cassées, de tuyaux déchirés, décalés ou même totalement disparus sans modifier la structure initiale.

A Wimereux le patrimoine existant est en bon état. Une grande partie des tuyaux avaient déjà été nettoyée et vérifiée et les problèmes ont plutôt été ceux résultants du stockage prolongé et des mélanges fait lors des différents déménagements. Ainsi toutes les anches m'ont été confiées mélangées dans des cartons, et un tri minutieux a été nécessaire pour rétablir les canaux avec leurs coins et leurs languettes.

La façade, criblée lors de la dernière guerre, a été débosselée avec difficulté, les soudures de réparation s'étalant largement à l'intérieur des corps. Les pieds ont été repeints pour améliorer l'état visuel.

Les opérations touchant à la modification sonore ont été réalisées sur place après écoute.

La tuyauterie présente ici une grande unité. L'alliage d'étain et de plomb est du spotted dans une proportion de 45% d'étain, pour tous les jeux, sauf la façade qui a un titrage plus pauvre. Le métal est épais, ce qui assure une excellente tenue du tuyau. Le traitement sonore est identique pour tous les jeux. Lors de mon voyage à Brandon, j'ai pu visiter les ateliers de la manufacture Walker et rencontrer les harmonistes. Il est étonnant de constater que les paramètres d'harmonisation sont toujours les mêmes : tuyaux en spotted, bouches relativement hautes, très fortes dentition, lumières très larges, pieds ouverts. Lors de la mise en place, mis à part l'attaque et le volume sonore, qui se règlent par la hauteur du biseau et le vent au pied, les caractéristiques du timbre sont très peu modifiées. Cela donne une harmonisation puissante, très stable mais avec le défaut de pas être très chantante. Cette manière de procéder est totalement différente de la manière française qui recherche l'élégance du timbre avant toute chose.

Le travail des jeux d'anches a été délicat, les épaisseurs de languettes sont fortes et pas toujours très suivies. La pose des languettes triangulaires sur les canaux et leur assujetissement par le coin demande une bonne habitude. En fonction des jeux, les saillies et les courbures sont différentes. Les saillies de la Trompette sont très courtes, le point d'accord est juste à la sortie du noyau, les languettes ont une courbure assez accentuée demandant une très grande régularité. Les saillies du Hautbois et de la Voix Humaine sont plus longues, le point d'accord est à environ un centimètre de la sortie du noyau. Les languettes sont moins accentuées en courbure, laquelle est légèrement plus appuyée en bout pour le Hautbois.

Le diapason moyen s'est établi à 440Hz à 15°, avec un tempérament parfaitement égal. La plupart des tuyaux sont coupés sur le ton et il n'y a pas de fort écart d'accord, seuls une trentaine de tuyaux ont dû être rallongés.

© Manufacture Bretonne d'Orgues. Tous droits réservés.