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Strasbourg - Orgue Merklin du Temple Neuf

Joseph Merklin

Lorsque Joseph Merklin rentre d'exil en France en 1871, va commencer pour lui une période de production exceptionnelle. Il construit les ateliers de Lyon en 1873, rénove ceux de Paris en 1875. Et pour bien marquer son attachement à la France, il obtient la nationalité française en 1875.

Plusieurs grands instruments seront construits ou reconstruits entre 1876 et 1881 :

  • Senlis, cathédrale 1874;
  • Paris, St Eustache 1875-76, 72 jeux;
  • Clermont-Ferrand, cathédrale 1876-77, 42 jeux;
  • Autun, cathédrale 1876, 37 jeux;
  • Strasbourg, Temple-Neuf 1877, 40 jeux;
  • Montpellier, cathédrale 1878-79, 50 jeux;
  • Moulins, cathédrale 1878-80, 42 jeux;
  • Rome, St Louis des français 1880-81, 38 jeux;
  • Obernai, St Pierre St Paul 1881, 43 jeux.

Parmi eux, Senlis, Autun, St Eustache et Montpellier ont connu des fortunes diverses mais les autres restent encore, aujourd'hui ,des chefs-d'œuvre de la facture française.

Composition

Grand-Orgue, 56 notes :

Principal 16 Bourdon 16 Montre 8
Bourdon 8 Flûte Harmonique 8 Violoncelle 8
Prestant 4 Flûte Octaviante 4 Grand Cornet V rgs
Fourniture IV-V rgs Bombarde 16 Trompette 8
Clairon 4    

Positif, 56 notes :

Principal 8 Bourdon 8 Salicional 8
Flûte Octaviante 4 Quinte-Flûte 2 2/3 Doublette 2
Trompette 8 Clarinette 8 Cor anglais 8

Récit expressif, 56 notes :

Quintaton 16 Rohrflûte 8 Flûte traversière 8
Viole de Gambe 8 Voix céleste 8 Octave 4
Flûte d'écho 4 Flageolet 2 Piccolo 1
Basson 16 Trompette Harmonique 8 Basson-Hautbois 8
Voix humaine 8 Clairon  

Pédale, 30 notes :

Sous-Basse 32 Contre-Basse 16 Sous-Basse 16
Octave-Basse 8 Violoncelle 8 Grosse Flûte 4
Bombarde 16 Trompette 8 Clairon 4

Orage, Tirasse GO, Tirasse positif, Tirasse récit, GO sur machine, Positif sur GO, Récit sur GO, Octaves graves Récit sur GO, Récit au positif, Forté général, Combinaisons GO (Cornet, Fourniture, Bombarde, Trompette et Clairon), Combinaisons positif (Trompette 8, Clarinette et Cor anglais), Combinaisons pédale (Bombarde, Trompette et Clairon), Expression récit (par cuiller et par bascule). Trémolo récit.

Historique

L'orgue du Temple Neuf de Strasbourg fut construit en 1877. Dès 1874, le Consistoire fit appel, sur la recommandation de l'organiste Théophile Stern, aux devis de Merklin. Il n'y eu pas réellement de mise en concurrence et Joseph Merklin fit plusieurs propositions. L'option retenue comportait 37 jeux pour un montant de 37.000 francs. Théophile Stern demanda l'ajout d'une soubasse de 32 pieds, chiffrée à 4.000 francs. Finalement, Merklin ayant ajouté deux jeux à son initiative, c'est un orgue de 40 jeux qui fut livré le 26 septembre 1877 pour la somme globale de 51.400 francs, non compris le buffet Une gratification de 300 francs est allouée par le Consistoire à l'harmoniste Jean-François Vogt. L'instrument fait grande impression. Mais dès les années 1900, le facteur allemand Walker lui apporte quelques modifications, notamment sur l'harmonie des jeux d'anches. Puis en 1935, Haerpfer reconstruit totalement l'orgue en traction électro-pneumatique. Il conserve néanmoins globalement la tuyauterie et le buffet.

Descriptif interne

Le matériel de Merklin a été classé Monument Historique le 11 mai 1995. En 2003 commence le protocole de reconstruction de l'orgue. Il s'agit de reconstruire entièrement l'instrument suivant les principes de Merklin : une traction mécanique avec trois machines Barker (clavier de Grand-Orgue, Récit et Pédale), l'alimentation avec réservoirs à double-plis. La composition est aménagée pour parvenir à 44 jeux, sept jeux neufs seront donc apportés en complément (quatre autres ont disparu). Il s'agit de retrouver le Cor Anglais , la Clarinette et le Violoncelle et d'ajouter une Flûte 4 et une Bombarde 16 au Grand-Orgue, une Trompette 8 au Positif et un Basson 16 au Récit.

Ce travail a exigé l'étude des grands instruments construits par Merklin. On peut comparer, avec le tableau joint, la composition de ces orgues.

Plusieurs problèmes se posaient pour une reconstruction en fidèle copie :

  • Le schéma interne de l'instrument était complètement bouleversé;
  • Disparition totale des éléments susceptibles d'apporter des renseignements d'implantation (charpente, semelle ...);
  • Sources d'archives très faibles.

Par chance, l'inventaire des orgues de Moselle a permis de retrouver trois des sommiers de Merklin, réutilisés par Haerpfer lors de la reconstruction de l'orgue de Haillange. Avec cette découverte, nous avions les dimensions des sommiers et nous pouvions retrouver la disposition des jeux et de la tuyauterie. Une partie du travail était largement simplifiée, et nous retrouvions le plan d'implantation suivant :

Grand-Orgue et Positif au niveau de l'entablement. Positif au centre, sommier perpendiculaire à la façade, disposé chromatiquement, basses vers l'avant. Sommiers du Grand-Orgue disposés de part et d'autre du Positif, diatoniquement. Pédale sur le même plan à l'arrière des sommiers de Grand-Orgue et Positif. Récit placé au-dessus des autres sommiers, disposition diatonique en mître.

Cette étude nous apportait aussi une précision importante concernant la mécanique du clavier de Récit. Nous savions par les archives que Merklin avait utilisé une Barker pour le clavier de Grand-Orgue ainsi que pour la Pédale et un levier simplifié pour le clavier de Récit. Le sommier de Récit retrouvé se présentait en deux layes indépendantes reliées par un postage. Le levier pneumatique simple était donc non pas une série de soufflets utilisée directement sous les layes et qui agit comme une machine Baker à la division des sommiers mais un soufflet d'assistance pneumatique pour la laye des anches, placé sous les soupapes et alimenté par la laye des fonds.

Au fur et à mesure de nos visites des orgues de St Louis des Français à Rome, de Clermont, d'Obernai, de Moulins, nous avons affiné notre vision des techniques de Merklin. D'un orgue à l'autre, nous avons tracé les constantes et dégagé des différences.

Les constantes principales de Merklin sont les suivantes :

  • Les consoles toutes identiques à quelques détails près : les porcelaines qui peuvent être soit blanches avec un liseré de couleur distincte en fonction du plan sonore et de la laye (Moulins et Rome), soit avec un fond pastel coloré (Clermont, Obernai ...). Ce dernier modèle étant plus particulièrement connu.
  • Les machines Barker, très particulières, sont fabriquées suivant un modèle unique. On pourra se référer à la publication de Michel Jurine dans l'ISO journal.
  • Les sommiers suivent le principe de fabrication en ‘mille-feuilles’ (mise en place préalable des barrages sur la table puis encollage de la ceinture tout autour avec des denticules rapportés). Les gravures font 90mm de profondeur et leur largeur est particulièrement généreuse (32mm pour le 1C en doubles soupapes et doubles layes pour le Grand-Orgue). Les portes de laye sont maintenues par des crochets en fer fixés sur des profils biseautés.
  • Les machines de traction pneumatique pour les tutti.
  • Les vergettes, à embouts garnis de papier sur les crochets et de fil coton sur les filetages.
  • Le maintien des tuyaux d'anches dans des croissants pour les corps de tuyaux en biais.
  • Les équerres axées sur des supports emboutis à larges bords.
  • L'habillage des réservoirs, des portevent et des pièces gravées par du papier cuir vert.

Le respect de ces constantes est primordial pour obtenir un résultat qui puisse prétendre être une reconstitution d'un orgue Merklin des années 1870, étant entendu que, par la suite, les méthodes de fabrication ont encore changé, au point que les fabrications de l'atelier parisien peuvent se distinguer de celles de l'atelier de Lyon.

Cependant, parmi ces instruments de la période concernée, aucun ne possédait une implantation identique à celui du Temple Neuf de Strasbourg. Nous avons donc étendu notre étude à d'autres instruments de Merklin construits dans les années 1860.

C'est l'orgue de la cathédrale de La Rochelle qui nous a apporté d'importants enseignements.

La console du Temple Neuf étant sous le sommier de Grand-Orgue, la mécanique de la laye avant du sommier de Grand-Orgue subit un important retour. La solution adoptée par Merklin dans ce cas est de placer le tirage vertical en milieu de sommier et de répartir horizontalement par équerres la traction en tirant vers la façade et en foulant vers l'arrière de l'orgue par un double système de pilotes et de vergettes.

Les mécanismes de tirage de registres sont tous rassemblés en faisceau et se répartissent au plus près du sommier par renvois de sabres ou d'équerres suivant la place disponible (Merklin utilise très peu les rouleaux de renvoi au contraire de Cavaillé).

L'orgue de Givors possède encore un Cor Anglais à anches battantes, il nous a servi pour reconstituer celui du Temple Neuf, en comparaison avec celui de Saint Louis des Français à Rome.

La mécanique de pédale est inspirée de l'orgue de Notre-Dame de Boulogne.

La collecte de toutes ces informations, la visite régulière de nouveaux instruments, nous permet d'investir le monde de Merklin et de nous en imprégner. C'est l'unique façon pour retrouver ses méthodes et usages de travail et c'est le gage d'une meilleure réussite dans notre reconstruction.

Annexe

En exergue, ces recherches nous ont permis de dessiner le contexte sociologique dans lequel a exercé Merklin. Je joins ici un document historique qui illustre bien la querelle entre facteurs d'orgues de l'époque, en l'occurrence : Merklin et Cavaillé-Coll. Il s'agit d'une lettre envoyée par Aristide Cavaillé-Coll au curé de l'église St Louis des Français à Rome. Il vient d'apprendre que Joseph Merklin est attributaire des travaux de construction de l'orgue...

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